Suivre le Christ… jusqu’au bout!
François veut suivre le Christ. Jusque dans les moindres détails, il souhaite appliquer les consignes données par Jésus à ses disciples. On est en fait frappé par la similitude qu’il y a entre l’envoi des disciples en mission et la « forme de vie » que propose François.
Tous se rappelleront la très célèbre scène où le fils de Pietro Bernardone, devant l’évêque d’Assise, remet ses vêtements et son nom. François dira désormais « notre Père qui es aux cieux ». Ce que l’on oublie plus facilement, c’est la période de recherche et de questionnement qui a suivi. L’humble maçon n’a pas tout de suite su ce à quoi il était appelé. Il a hésité, questionné, essayé de comprendre la forme de vie qui était la sienne. Voici quelques passages qui l’ont profondément marqué.
Va vendre ce que tu possèdes et suis-moi!
L’appel de François d’Assise à la pauvreté est légendaire. Il a donné naissance à de nombreuses discussions — parfois très serrées — parmi ses fils et ses filles. Généreusement, il veut suivre Jésus sans contrainte. « Si tu veux être parfait, lui dit Jésus, va vendre tout ce que tu possèdes et donne l’argent aux pauvres, alors tu auras des richesses dans les cieux; puis viens et suis-moi » (Matthieu 18,18). François l’a appliqué avec rigueur, mais il y a des exceptions qui permettent de comprendre la visée précise de François.
Ce n’est pas le refus de toute propriété mais de toute propriété qui alourdit la suite du Christ. François recherche par-dessus tout la disponibilité à l’appel de Dieu, la réponse généreuse à l’amour. La pauvreté est relue dans la lumière de la fraternité. Riche héritier, fils de marchand, le Poverello a pu mesurer la cassure que provoque l’accumulation des richesses. De son point de vue, il y a distorsion dans la fraternité, dans l’amitié. La clairvoyance entraîne nécessairement un ajustement, où les biens servent franchement et clairement la relation avec Dieu et avec les autres. Sans hésitation, quand elles entravent le chemin, il les élimine de sa vie.
Ne prenez ni chaussures, ni tunique de rechange.
François est alors ermite et maçon. Il reconstruit de petites églises. Puis il entend l’envoi des disciples en mission (Luc 10,3-7). « Voilà ce que je veux vivre! » Il retire ses souliers et sa ceinture, puis il prend le cordon et marchera désormais pieds nus. François veut prendre la route à la manière des disciples.
Une image illustre bien ce qu’il veut vivre. Jésus parcourt les routes de Galilée et de Judée, entouré des apôtres. François souhaite accompagner le Christ dans les lieux de repos, le suivre dans sa mission et sa prédication, partir deux par deux pour annoncer la venue du Royaume. Il ne veut plus rien d’autre que partager la vie du Christ Seigneur. Et pour ce faire, il prendra mot-à-mot les consignes que ce dernier donnera à ses disciples.
François adopte un mode de vie calqué sur les sorties missionnaires des disciples de Jésus. Il en fait un mode de vie permanent. La simplification de l’habillement relève moins de l’ascèse que de la légèreté. Avoir le strict nécessaire pour se déplacer rapidement, pour aller là où le Seigneur l’appelle. François prendra désormais des chemins du monde.
Je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups.
Quelques compagnons se joignent à lui; ils partiront deux par deux. Rapidement, ils feront l’expérience de la rigueur des chemins. Les « pénitents d’Assise » ne sont pas toujours les bienvenus. À première vue, on a l’impression qu’il s’agit d’hurluberlus, d’étranges commis-voyageurs du Seigneur.
François se distinguera par son affabilité, sa courtoisie et sa bonté. Il enseigne à ne jamais rendre le mal pour le mal. Les frères « seront modestes, animés de la plus grande douceur envers tous les hommes. Ils ne doivent ni juger ni condamner » (1 Règle 9-10). Et selon la consigne évangélique, « quand vous entrerez dans une maison, dites d’abord: « Paix à cette maison » » (Lc 10, 5). Ils annonceront la Paix, au nom du Seigneur.
L’ouvrier a droit à son salaire.
Dans la suite du texte évangélique, on voit alors poindre l’un des plus importants débats de l’histoire franciscaine : l’usage de l’argent. L’ambiguïté remonte à l’Évangile lui-même qui, au verset 4, recommande de ne pas apporter d’argent — ni bourse — et plus loin, le droit à un salaire pour un ouvrier (v. 7).
François résoudra cette difficulté de deux manières. D’abord en se refusant le droit d’accumuler des biens. En effet, la bourse permet de mettre en réserve, d’accumuler des possibilités d’échange. L’argent ouvre un espace de liberté, confère un certain statut que François a choisi de laisser derrière lui. Il demande à ses frères de faire de même.
Mais il y a plus. François souhaite que ses frères travaillent au jour le jour. Ils ont droit à un salaire, mais il faut que celui-ci soit en nature : nourriture, vêtement, etc. Pas d’accumulation possible, donc. À chaque jour suffit sa peine, et François souhaite que ses confrères restent alertes, faisant entière confiance au Père à qui ils se sont confiés.
Pour connaître la forme de vie des Franciscains, il suffit de lire la montée vers Jérusalem, dans la deuxième moitié des évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc).
Guylain Prince, ofm